Roman


     
 

L’instant

 

 

Et voilà !

 

Depuis le temps que cela durait, ça devait bien finir par arriver.

Cela fait tout de même plus de deux ans que Sabine, mon épouse, m’a montré le chemin !

Je n’ai rien fait pour la rejoindre de suite, mais je n’ai rien fait contre non-plus pour faire demi-tour et m’enfuir. Deux ans à lutter contre les cancers, celui de ma femme qui lui fût fatal et le mien en suivant, puis la dépression suite au décès de l’amour de ma vie. Et puis là, juste au moment où je m’étais convaincu que je pouvais continuer ainsi encore un bout de temps, Pan ! Ça me tombe dessus !

Encore un mauvais coup du destin !

Enfin bref, ça y est, je suis mort.

 

********

 


C’est incompréhensible. Je ne me suis pas vu mourir. Je n’avais aucune douleur hier soir. Juste un léger mal de tête et puis le sommeil est venu normalement. Le dernier…
Je me regarde…

J’ai l’air endormi normalement. Mon chat est allongé à mes pieds. D’habitude il ne reste pas avec moi la nuit car je le dérange en bougeant sans cesse la nuit. Mais là, visiblement, il profite de mon inactivité pour profiter du lit avec délices. Son sixième sens ne doit pas être très sensible car il ne semble pas avoir ressenti mon trépas. Il dort profondément.

Si je vois tout cela c’est que j’ai quitté mon enveloppe charnelle. D’ailleurs je ne ressens plus aucune douleur… Ma jambe, mon cou, mes dents ne me gênent plus.

Je suis où là ?

Je dois flotter au niveau du plafond. Tiens si j’allais dans l’entrée voir dans le miroir à quoi cela ressemble l’âme d’un défunt !

Pouf ! Il m’a suffit d’y penser et je suis devant la glace… Mais je n’y vois rien d’autre que la porte des toilettes qui est derrière moi. Raté ! Je baisse le regard (peut-on parler d’yeux dans mon cas ?) vers ce qui devrait être mes pieds, mais là non plus, il n’y a rien à voir. Je ne suis donc qu’un amas de pensés ?

Mais où est donc la lumière blanche dont on nous rabâche les oreilles ? Je pensais que mon âme serait aspirée dans le néant dans un grand tunnel lumineux comme dans le roman de Francis Werber ! Mais là je suis en stand-by chez moi, un peu comme dans celui de Didier van Cauwelaert.

Je jette un coup d’œil vers la fenêtre, le jour se lève et je ne distingue rien qui puisse ressembler à une âme en errance comme moi. Je ne peux pas être seul comme mort récent en attente de transfert, si transfert il y a ? Que dois-je faire ? A part attendre ?

 

 
     

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